#callfor Le Temps des médias, “Masculinités médiatiques”

Fecha/Hora
Date(s) - 30/05/2020
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+ info: Le temps des médias

Il pourrait y avoir un paradoxe à vouloir étudier la représentation des hommes dans les médias tant ceux-ci semblent omniprésents, aussi bien dans les instances dirigeantes, parmi les personnes représentées (Enquête du Global media monitoring Project, “Who makes the news”, 2015) que dans le lectorat de la presse dite généraliste (Debras, 1999). Si les médias fonctionnent comme un lieu de construction et de circulation des représentations collectives (Lippman, 1922, Therenty, 2009) et des stéréotypes (Amossy et Herschberg-Pierrot, 2016), ils constituent également une « technologie de genre », construisant le genre autant qu’ils le représentent (De Lauretis, 1987) La surreprésentation masculine, malgré l’universalisme revendiqué par les médias généralistes et les industries culturelles en général, semble fonctionner comme une illustration de la masculinité hégémonique (Connell, 1995). L’objectif de ce dossier sera donc de chercher à comprendre le rôle des médias, de l’époque moderne à nos jours, comme reflet et constructeur de cette masculinité hégémonique (Mosse, 1997) aussi bien que comme vecteur de sa contestation. Plutôt que le terme de virilité, déjà utilisé par l’historiographie (Corbin, Vigarello, Courtine, 2011), nous préférons ici celui de « masculinités », employé dans la plupart des travaux de sciences sociales à la suite des travaux pionniers de R.W. Connell. Ce terme permet d’insister sur la multiplicité des normes et des modèles de masculinités ainsi que sur leurs interactions (Connell, 1993), plutôt que de faire référence à une norme unique dans l’espace et le temps.

Récemment, plusieurs évènements et controverses – comme les discussions sur le mariage pour tous, les effets de l’affaire Weinstein ou encore les révélations concernant la “Ligue du LOL” – sont entrés en résonance avec le contexte plus large de l’émergence d’une troisième vague de féminisme et de la remise en cause des stéréotypes de genre. On peut alors s’intéresser aussi bien à la manière dont ces débats ciblent les médias, en tant que véhicules de la masculinité hégémonique, qu’à la façon dont ils mobilisent les supports médiatiques dans toute leur diversité : affiches, caricatures, presse écrite, radio et télévision, réseaux sociaux et publications numériques… Un regard plus large permet cependant de souligner que, de la Révolution française à nos jours, des modèles de masculinités dissidentes ont pu aussi s’exprimer dans la sphère médiatique. Finalement, la représentation médiatique du masculin révèle plus un nuancier qu’un modèle univoque. L’une des ambitions de ce dossier est de retrouver la trace de cette complexité. Ce dossier se propose d’explorer l’ambivalence des médias dans la construction des masculinités. Au-delà d’un certain universalisme affiché dans la production d’informations, il s’agira de voir comment le discours médiatique contribue tout à la fois à l’enracinement des modèles de genre (prescriptions, mises en scène d’un idéal masculin) mais aussi à l’émergence de propositions alternatives (refus du virilisme, réflexion sur la supposée « crise » des masculinités). Nous nous pencherons également sur la réception de ces différents discours.

Ces questions seront abordées à partir des trois axes de réflexion suivants.

Axe 1. Modèles et contre-modèles masculin. Les conditions médiatiques de construction d’une masculinité hégémonique.

Axe 2. Natures et « crises de la masculinité » dans les médias

Axe 3. Des hommes comme nous, des hommes comme eux. Masculinités hybrides et alternatives dans les médias.